De Boussens à Foix par St Girons

St Girons – Foix : la «ligne oubliée»

Inscrite au plan Freycinet (1879), cette ligne de 47kms fut ouverte dans son entier en octobre 1903 (après l'ouverture en août 1902 de la liaison partielle La Bastide de Sérou-Foix). A partir de St Girons, elle suivait approximativement une trajectoire Ouest-Est s'infiltrant entre les monts de l'Arize et les collines du Plantaurel : elle remontait le cours du Baup, affluent du Salat, en passant par Lescure puis Rimont. Ensuite elle traversait le Séronais, c'est-à-dire la vallée supérieure de l'Arize, de Castelnau-Durban à La Bastide de Sérou puis à Cadarcet. Enfin elle redescendait vers la vallée de l'Ariège par Baulou.

A l'époque, cette ligne améliorait notablement la liaison St Girons - Foix et désenclavait le Séronais. Toutefois son trafic, voyageurs et surtout marchandises, resta toujours faible si bien que par la suite elle ne put résister à la concurrence de la route et fut fermée définitivement en mai 1955 [1]. Elle devint ainsi « la ligne oubliée », pour reprendre l'expression introduite par l'Association « Patrimoine et Mémoire Collective du Séronais ».

Les gares de Castelnau-Durban (à gauche) et de La Bastide de Sérou (à droite). On remarquera l'architecture parfaitement identique mais les dimensions plus imposantes des bâtiments voyageurs et marchandises de la gare de La Bastide de Sérou.

L'installation des boites de gare entre St Girons et Foix

Rappelons d'abord qu'une des taches d'un convoyeur était la levée des boites mobiles de gare. Sur la base d'informations trouvées aux Archives Départementales de l'Ariège (ADA), il est possible de donner les dates auxquelles certains conseils municipaux firent la demande d'une boite mobile de gare auprès de l'Administration départementale des Postes.

commune Nombre d'habitants
en 1901 [2]
date de demande
de boite de gare
Bureau de poste 1903 (ou bureau de rattachement) Cote ADA
Lescure 1120 19/8/1906 (Rimont) 6P20
Rimont 1550 5/8/1906 recette 6P26
Castelnau-Durban 1225 17/8/1913 recette 6P14
Cadarcet 590 10/7/1904 (La Bastide de Sérou) 6P13
Baulou 460 21/5/1905 (Foix) 6P11

Ce tableau montre que l'installation des boites aux lettres de gare prit plusieurs années. En outre, il semble que les communes dépourvues d'établissement postal furent parmi les plus promptes à demander une boite de gare : ainsi celle de Cadarcet en juillet 1904. Les délibérations du conseil municipal de Lescure sont également instructives : dès le 15/12/03, il déplora que, suite à la création de la voie ferrée St Girons-Foix et à la disparition de la diligence sur ce même trajet, les habitants de cette commune n'aient plus « la possibilité de déposer leur courrier dans la boite de la diligence ». Il demanda dans un premier temps un poste de facteur-receveur puis y renonça et en vint alors à demander en 1906 une boite aux lettres de gare. On peut donc penser, d'une part que le service de convoyeurs était déjà en fonction fin 1903, d'autre part que pour les petites communes, la demande d'une boite de gare visait à compenser la suppression de la boite mobile du courrier d'entreprise.

Une boite aux lettres de gare était totalement à la charge de la commune : frais d'achat, de pose et de maintenance. En outre la municipalité devait désigner et rénumérer en conséquence la personne chargée de décrocher la boite et de la présenter au(x) convoyeur(s) désigné(s) de passage dans la gare. Cette personne était un commis du bureau de poste déjà en charge des dépêches dudit bureau à transmettre au convoyeur, ou bien un courrier d'entreprise [3] qui apportait également des dépêches au convoyeur, ou même un agent de la Compagnie du Midi en poste dans la gare.

Cachets convoyeur-ligne de type 2 sur Boussens-Foix

D'emblée les convoyeurs furent munis d'un timbre à date «convoyeur-ligne» de type 2. Je connais un cachet datant de janvier 1905 mais il en existe probablement des plus anciens ; notons qu'en cette année 1905, trois ordinaires (au moins) fonctionnaient entre Foix et Boussens.

Cachet convoyeur-ligne de type 2 FOIX A BOUSSENS sur une Semeuse camée 20c lilas-brun de 1907 type III. L'oblitération est du 3/4/1926 sur carte postale illustrée (dernier mois du tarif à 20c).
Cachet convoyeur-ligne de type 2 BOUSSENS A FOIX daté du 13/8/1918.

Un autre timbre à date de type 2 fut également utilisé, dans les années 1930 semble-t-il : il comporte un bloc-dateur semblable à celui d'un type 3, tous ses éléments étant en chiffres arabes (y compris le mois). Ce type 2 spécial a déjà été signalé par E. Barthélémy [4].

Cachet spécial convoyeur-ligne de type 2 BOUSSENS A FOIX daté du 17/9/1935 (date indiquée en chiffres comme dans le type 3).

Cachets convoyeur-ligne de type 3 sur Boussens-Foix

Le timbre à date de type 3 est apparu juste avant la seconde guerre mondiale. En voici quelques illustrations plus tardives.

Enveloppe à fenêtre (vue partielle) intéressante à 3 points de vue :
  • l'en-tête commercial : Philippe Bergès est sans doute apparenté à Aristide Bergès (1833-1904), le «père de la houille blanche», né à Lorp et également papetier.
  • le timbre-poste : le Pétain 1.50 F brun dessiné par J.Bersier ; cette lettre circule le dernier mois d'utilisation de ce timbre démonétisé le 1/11/1944.
  • le cachet convoyeur-ligne type 3 en date du 12/10/1944 : cela signifie-t-il que le service voyageur interrompu depuis 1939 (soit entre St Girons et Foix soit entre Boussens et St Girons ) avait été rétabli au lendemain même de la Libération de cette région ? Ou bien le service du convoyeur était-il partiellement routier ?
Le nouveau cachet convoyeur-ligne type 3 de 1948 : millésime en 4 chiffres au lieu de deux précédemment.
Idem, dans l'autre sens

Le service partiel St Girons à Foix

Là encore, l'utilisation d'un timbre à date de type 2 montre que ce service partiel a été mis en place peu après l'ouverture de la liaison St Girons – Foix. Il était toujours actif dans les années 1930 (cf. la lettre ci-dessous), mais jusqu'à quand ?

Cachet convoyeur-ligne type 2 ST GIRONS A FOIX en date du 16/10/1936 sur Paix 50c rouge.

Fin de la balade...

D'une marquise à l'autre...
... nous voilà revenus en gare de Foix.

Remerciements
à R. Tourtrol, des Cartophiles Ariégeois, pour les informations sur la «ligne oubliée».
au personnel des ADA pour la qualité de son accueil.
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[1] J. Banaudo, « Trains oubliés, vol.3 le P.O., le Midi » - Editions du Cabri - 1982

[2] renseignements trouvés sur le site Histariege

[3] courrier d'entreprise : entrepreneur privé ayant passé un marché, généralement de 6 ans, avec l'administration des Postes pour un transport de dépêches selon un itinéraire précis

[4] E. Barthélémy, « Etude des oblitérations courriers-convoyeurs », 2ème édition, Cahier 2/82, Club Le Meilleur, 1982